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1. Que s’est-il passé et pourquoi ?
Un avion Embraer Legacy 600 immatriculé RA 027905, appartenant au groupe Wagner, s’est écrasé mercredi à 18 h 06 heure locale dans la région de Tver, au nord-ouest de Moscou, avec dix personnes à bord. Evgueni Prigojine, ainsi que l’autre fondateur du groupe Wagner, Dmitri Outkine, figuraient sur la liste des passagers. Leurs corps ont été identifiés dans la nuit.
L’avion, qui devait rallier Saint-Pétersbourg depuis Moscou, aurait été abattu par un missile, selon des témoins oculaires et des vidéos évoquant des trajectoires dans le ciel et une explosion sur un des deux turboréacteurs Rolls-Royce de l’avion avant qu’il ne parte en vrille. La défense antiaérienne de la région opère des missiles Buk, très véloces (Mach 4) et d’une charge explosive relativement faible, 50 kg, ce qui expliquerait que l’avion soit arrivé en un seul morceau au sol.
Rien n’indique qu’un missile sol-air a abattu cet avion, a toutefois estimé jeudi le Pentagone. Le porte-parole Pat Ryder a qualifié d ‘« inexactes» les informations faisant état de l’utilisation d’une telle arme.
Des témoins font état de bruit de missiles et de deux explosions dans le ciel…#Prigojinehttps://t.co/DT3KMffMNI
— Xavier Tytelman (@PeurAvion) August 23, 2023
Cette élimination est très vraisemblablement imputable à Poutine : rien de ce niveau ne se fait en Russie sans son feu vert, surtout avec des moyens militaires. Evgueni Prigojine, issu de la pègre de Saint-Pétersbourg avec qui Vladimir Poutine a des accointances établies depuis les années 1990, rendait pourtant d’éminents services au Kremlin. Il menait depuis des années les opérations militaires et d’influence, en Syrie et en Afrique noire , que Moscou ne pouvait pas assumer ; avait mené ses troupes en mai à la seule victoire russe depuis juin 2022, à Bakhmout ; et exerçait une pression intense sur le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d’Etat-major, Valeri Guerassimov, par des accusations de corruption et d’incompétence.
Mais Prigojine, pour lui forcer la main et obtenir la tête d’un Choïgou discrédité et invisible, avait été trop loin avec sa mutinerie du 23 juin. Se croyant peut-être intouchable, il avait défié voire humilié le maître du Kremlin. Qui ne pardonne jamais aux traîtres.
2. Cela aura-t-il un impact sur la guerre ?
Pas à court terme. Le groupe Wagner s’était retiré du théâtre des opérations en Ukraine depuis sa victoire à Bakhmout. Ses mercenaires étaient redéployés en Afrique, en Russie et en Biélorussie. Le seul impact possible tiendrait à une déstabilisation et démotivation des officiers, subalternes comme de haut rang, dont beaucoup appréciaient Prigojine pour son courage physique et son franc-parler sur la corruption et l’incompétence des dirigeants à Moscou.
La purge pourrait aussi nuire aux efforts de guerre par l’incertitude qu’elle provoquera dans les états-majors ; qui va être limogé, emprisonné, voire pire ? Il n’est pas certain que les officiers éliminés soient remplacés par des plus compétents ou aguerris.
3. Quelles conséquences pour les activités de Wagner en Afrique ?
C’est là qu’il a beaucoup oeuvré et forgé en partie sa légende, là que le groupe Wagner qu’il dirigeait a bâti un empire militaire, économique et médiatique, et là qu’il affirmait se trouver, dans la dernière vidéo publiée de son vivant, lundi. Evgueni Prigojine s’était imposé comme un personnage central en Afrique, où sa disparition ne devrait toutefois pas rebattre immédiatement les cartes tant les réseaux de Wagner y sont profondément implantés, en particulier en République centrafricaine, au Mali et au Burkina Faso. Les hommes de Prigojine ont su s’y rendre indispensables, tant auprès des gouvernements locaux, pour qui ils jouent le rôle de garde prétorienne, qu’auprès du Kremlin, dont ils constituent le discret bras armé sur le continent.
La mutinerie avortée de juin n’avait ainsi pas entraîné de chute brutale de l’influence de Wagner en Afrique . « Il est dans l’intérêt du Kremlin de maintenir ce réseau. Des changements de personnel interviendront, comme après la mutinerie, mais pas de remise en cause des alliances », estime Thierry Vircoulon, de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Lors du sommet Afrique-Russie de fin juillet, le Mali et la République centrafricaine ont continué d’afficher une amitié se voulant indéfectible avec la Russie, qui a de son côté tenu à les rassurer sur la protection qui leur sera prodiguée.
« De la mutinerie jusqu’à la mort de son PDG, le groupe était dans une période floue et transitoire. Maintenant, c’est avant tout une question successorale. Le réseau va-t-il tomber dans une guerre intestine ? Etre maintenu tel quel et repris par un responsable nommé par Moscou ? Vendu à la découpe à d’autres groupes armés en embuscade ? » poursuit Thierry Vircoulon. Autant de questions qui commencent à agiter les militaires au pouvoir à Bamako, Bangui et Ouagadougou et qui préoccupent aussi la Lybie, ou encore le Soudan, autres terrains d’intervention du groupe Wagner en Afrique.
4. Que va devenir l’empire Wagner ?
Dans le crash de l’avion d’Evgueni Prigojine, ce n’est pas seulement le chef des mercenaires de Wagner qui a disparu. C’est aussi son autre cofondateur, Dmitri Outkine, ancien colonel du renseignement militaire GRU. Figure aussi parmi les victimes Valeri Tchekalov, responsable du service de sécurité et du soutien logistique ainsi que trois autres cadres.
Il semble donc clair que les organisateurs du crash avaient l’intention de décapiter ce groupe aux intérêts diversifiés (services de sécurité, médias, etc.).
Qui reprendra ces entreprises qu’il contrôlait étroitement ? Pour ce qui est du mercenariat, depuis leur mystérieuse mutinerie des 23 et 24 juin, les guerriers de Wagner avaient été autorisés par le Kremlin à s’exiler en Biélorussie et à poursuivre leurs actions en Afrique. Armes et activités pourraient être reprises par des forces sous contrôle du Kremlin. Une partie des mercenaires pourraient préférer proposer leurs services au plus offrant, en Russie ou en Afrique.
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