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Publié le 18 nov. 2023 à 15:01
« Tout le monde a envie de partir ». Marc Leroy est un brin sonné. Le combatif vice-président de la chambre de commerce et d’industrie Littoral Hauts-de-France redoute les départs d’entreprises de la zone de la Liane, dans l’agglomération de Boulogne-sur-Mer. Ici comme dans tout le département du Pas-de-Calais, d’ impressionnantes inondations ont lieu en raison d’une pluviométrie exceptionnelle, qui a atteint 280 litres de pluies au mètre carré en moyenne. Le Boulonnais (autour de Boulogne-sur-Mer) et, dans les terres, la région de Saint-Omer (à une quarantaine de kilomètres au sud de Calais et Dunkerque) ont particulièrement souffert, avec les sorties de leur lit de la Canche, la Liane et l’Aa.
La facture globale promet d’être colossale. « Certainement » plusieurs milliards, a alerté Xavier Bertrand, le président de la région , sur BFMTV. Car les dégâts sont partout. L’état de catastrophe naturelle doit être reconnu pour 214 communes du Pas-de-Calais, ainsi que 30 dans le Nord. Des milliers d’habitations ont été touchées. La région et le département ont d’ailleurs annoncé prendre en charge à parité la franchise catastrophe naturelle, soit 380 euros par dossier. Le seul Pas-de-Calais a vu la moitié de ses 6.000 kilomètres de routes affectée par les inondations, avec des ouvrages d’art restés continûment sous l’eau pendant quinze jours.
Les questions, on les pose et on alerte depuis bien longtemps […] Personne ne sait qui est responsable et chacun se renvoie la balle.
Marc Leroy Vice-président de la CCI Littoral Hauts-de-France
Le tissu d’entreprises a aussi beaucoup souffert. Aucun secteur n’est épargné. Ici, c’est une cartonnerie qui a dû être évacuée. Là, c’est une pisciculture a perdu 75 tonnes de truites. Ailleurs, ce sont des bungalows de campings qui sont désormais inhabitables, un restaurant doublement étoilé qui est inondé, ou une boulangerie et son four neuf qui ont été dévastés… Plusieurs acteurs importants sont frappés, comme SBE , gros acteur de réparation de téléphones mobiles, ou Roger Delattre, un spécialiste en charpente métallique.
Une « task force »
C’est également le cas de l’entreprise que dirige Marc Leroy, l’imprimerie en héliogravure SIB, qui a vu disparaître des centaines de tonnes de papier et s’est mise à l’arrêt, avec 135 salariés sur 150 en chômage technique. Le vice-président de la CCI estime son propre préjudice à plusieurs millions. « Il n’y a jamais eu de crues comme ça, et là on en a pris trois en douze jours », dit-il. Un coup dur de plus après l’envolée des coûts de l’énergie , dans un contexte déjà difficile pour le secteur. Des confrères belges et un espagnol devraient toutefois lui permettre provisoirement d’honorer ses commandes.
La CCI des Hauts-de-France, qui pilote une « task force » mise en place avec l’Etat et le conseil régional, évalue à au moins 400 le nombre de sociétés affectées. Cette cellule dotée d’un centre d’appels se veut un guichet unique pour tous les acteurs économiques victimes du déluge. Dans la région de Boulogne-sur-Mer, la seule zone d’activité de la Liane a subi plusieurs crues successives. « Plus de 90 entreprises sont concernées, ce qui représente 1.500 à 2.000 emplois. Certains de nos adhérents ne pourront pas redémarrer avant plusieurs mois », selon Franck Hélias, délégué général du Medef Côte d’Opale.
La situation est telle qu’Emmanuel Macron s’est rendu sur place la semaine dernière, avec son épouse et trois ministres (Transition écologique, PME , Agriculture), suivi par Elisabeth Borne deux jours plus tard, pour manifester la solidarité nationale. Le chef de l’Etat a annoncé un fonds d’urgence de 50 millions d’euros, qui s’ajoute à celui de 10 millions d’euros décidé par le département du Pas-de-Calais. Il a également promis un fonds de 80 millions d’euros, dévolu au monde agricole, élargi aux régions Bretagne et Normandie au titre des tempêtes récentes. « On va accompagner nos agriculteurs pour accompagner les pertes de production exceptionnelles ou de matériel et limiter au maximum le reste à charge », a-t-il assuré. Pas moins de 2.500 hectares agricoles ont été noyés, compromettant la fin de la récolte des betteraves , tandis que plusieurs élevages laitiers et les serres des maraîchers de Saint-Omer ont été ravagés.
« Pas suffisant »
« Ce fonds de l’Etat va nous permettre de répondre à l’urgence mais on sait que ce ne sera pas suffisant. On fait le diagnostic actuellement. Ce sont des millions et des millions d’euros nécessaires pour retrouver la vie normale », analyse Joël Duquenoy, président de la communauté d’agglomération du Pays de Saint-Omer, évoquant les dégâts sur les voiries. La question des responsabilités risque d’émerger rapidement, au-delà des seules intempéries. Le président de la CCI Littoral, François Lavallée, évoque des questions d’ aménagement du territoire et de gestion des cours d’eau.
Marc Leroy, lui, dénonce les méfaits du millefeuille administratif, qui entrave la bonne gestion des cours d’eaux. « Les questions, on les pose et on alerte depuis bien longtemps. La Liane a un mètre de limon sur trois kilomètres de long. On a évoqué des solutions qui ont été balayées. Personne ne sait qui est responsable et chacun se renvoie la balle », s’énerve-t-il, craignant que les assureurs ne veuillent plus couvrir le risque sur cette zone. La capacité d’anticipation des entreprises face aux risques climatiques est également questionnée. Une étude du cabinet Goodwill Management indiquait récemment que si les groupes savent s’organiser, les petites entreprises sont encore trop démunies face au risque climatique, alors que les pertes économiques peuvent s’avérer très lourdes.
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